mardi 26 juin 2012

FOGLIA TAPE DANS LE MILLE!

À lire en lettres de feu: «Ai-je rêvé ou le thème de l'accessibilité à des études supérieures n'a été considéré que sous l'angle économique? L'angle académique? Je n'ai entendu aucun des trois leaders étudiants constater et déplorer que n'importe qui peut maintenant accéder à l'université sans avoir lu un foutu livre. Sans être capable de saisir une phrase à deux étages. Ça semble ne déranger personne.» (La Presse, 25 juin)

Et vlan!

Peut-on mieux dire les visées de Profs pour l'éducation! Merci Foglia!

lundi 25 juin 2012

GUY A. LEPAGE PROFITE DE LA FÊTE NATIONALE POUR FAIRE DE LA PROPAGANDE POLITIQUE

Guy A. Lepage s'est permis lors du spectacle de la Fête nationale à Montréal de mousser ses opinions politiques et ce, aux frais des contribuables. Pour la démocratie, on repassera. On l'a vu commencer le concert en frappant sur sa casserole. Le DGE devrait le sanctinonner. Bien sûr, Guy A. Lepage est un citoyen du Québec et il a parfaitement droit à ses opinions. Toutefois, quand des artistes de son envergure prennent ouvertement position dans le conflit étudiant - qui n'a qu'un lien indirect avec la Fête nationale qui célèbre principalement le fait français et la culture québécoise -, on imagine bien que les profs entre autres puissent se sentir justifier eux aussi de faire entorse à leur devoir de réserve. Pourtant, ces mêmes personnes militent farouchement contre tout endoctrinement. N'a-t-on jamais dit qu'au pays des bornes, tous les aveugles sont rois? Consternant.
Bien sûr, il nous répliquera que les jeunes font face à un gouvernement honni des étudiants contestataires. Il est en effet de bon ton de prendre la défense des jeunes. Ça fait dans le populisme.  Quand on s'adresse à tout le peuple québécois, ça devient inexcusable et condamnable.

mercredi 20 juin 2012

LE ROYAUME DES CIEUX EST À EUX

Gerald Allan Cohen 1941-2009
Je me suis toujours demandé pourquoi les étudiants ne revendiquent pas le droit à des traitements psychologiques gratuits puisque ce sont des soins nécessaires à une vie humaine épanouissante. Ne devraient-ils pas réclamer un droit à la santé mentale en plus du droit à la gratuité scolaire? J'en reviens toujours à la pieuse prière des étudiants arborants la cocarde rouge «Payez, payez pour nous, ainsi soit-il!» Car c'est cela que signifie en réalité le carré rouge. Non pas la violence, ni l'intimidation, comme le soutenait la ministre Saint-Pierre ainsi que le premier ministre,  mais la «solidarité» en faisant payer les riches. Pour reprendre le titre de l'essai du  philosophe britannique socialiste, Gerald A. Cohen, lequel professa à la prestigieuse université d'Oxford, Si vous êtes égalitarien, pourquoi êtes vous si riche? Être riche, pour un socialiste, c'est une tare dont l'État devra un jour vous débarasser pour le plus grand bien-être commun.

«Je vous le déclare, c'est la vérité: il est difficile à un homme riche d'entrer dans le Royaume des cieux. Et je vous déclare encore ceci: il est difficile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille, mais il est encore plus difficile à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu.» (Mt, 19 23-24) Même si la religion catholique n'a plus aujourd'hui la cote parmi les Québécois, cette terrible parole de l'évangile reste gravée dans le coeur des syndicaleux québécois. Hors du syndicat, point de salut!

lundi 4 juin 2012

LUCIDES OU SOLIDAIRES?

«Après des semaines de débats intenses sur la hausse des droits de scolarité, pas un mot n’a été dit sur l’essentiel : le contenu, la qualité de ce qui est enseigné. On a complètement escamoté ces valeurs qui font si souvent défaut : le travail, l’effort, la persévérance, l’excellence, le sens des responsabilités.» C'est ce qu'écrivait avec justesse la semaine dernière Christian Dufour dans le Journal de Montréal.

Profs pour l'éducation souscrit entièrement aux propos du chroniqueur. Plus que la hausse des frais de scolarité, c'est un débat en éducation.

En réalité, ce débat en éducation est un débat de société. Dans quelle société voulons-nous vivre? Les rouges et les casseroleux veulent vivre dans un société «solidaire». Nous, Profs pour l'éducation, nous voulons vivre dans une société «lucide» où la responsabilité est la valeur première. On reconnaît le débat entre les «Lucides» et les «Solidaires». Or, les personnes responsables ne sont pas, comme le peignent défavorablement les Solidaires, des gens individualistes et a-sociaux. Ce sont des gens qui ont le souci de leur communauté. Selon le mot fameux de J.F. Kennedy, ne demandons pas ce que l'État doit faire pour nous, mais ce que nous, nous devons faire pour l'État.

dimanche 3 juin 2012

LE ROUGE DEVOIR - «LIBRE DE PENSER»

Force m'est de constater, encore une fois, que le quotidien Le Devoir est partisan des rouges. Antoine Robitaille paraît exercer un devoir de réserve, mais je présume que s'exerce sur lui d'énormes pression pour qu'il rejette la publication de textes anti-rouges.

En faisant le décompte des Devoirs de philo, la plupart sont de «gauche» ou de «centre-gauche». Mon Devoir de philo concernant Derek Parfit a reçu de très nombreuses critiques - 49 pour être précis; et seulement 4 votes. Des mauvaises langues diront que mon Devoir de philo était pourri. Au contraire, des partisans verts l'ont porté aux nues. L'idéologie intense du conflit étudiant détermine donc ce que vaut un texte d'opinion. Une fois l'intensité du débat disparue, l'avenir seul nous dira ce que vaut mon Devoir de philo.

On remarquera d'ailleurs que sur ma photo de la page de mon Devoir de philo, publié le 17-18 mars dernier, Le Devoir avait décoloré mon carré vert (ainsi que mon foulard de la même couleur). Le Devoir n'a par ailleurs jamais daigné publier ma réplique à mes critiques, que m'adressait en particulier à M. Hudon, enseignant à la prestigieuse université d'Oxford. On voyait parfaitement, directement d'Oxford, la cocarde rouge de M. Hudon. Récemment, mon collègue Michel Seymour a publié un Devoir de philo pro-étudiants contestataires. Tous encensent le texte de Seymour. Le Devoir n'a pas jugé bon publier mon commentaire critique que l'on retrouve dans le billet précédent. Cela, sans parler des nombreux textes acheminés jamais publiés.

J'ai donc toutes les raisons de boycotter Le Devoir - «libre de penser». Libre de penser - ce qu'il convient de penser d'après Le Devoir.

lundi 28 mai 2012

LA FAMEUSE «JUSTE PART». RÉPLIQUE À MICHEL SEYMOUR

John Rawls
Nous rejetons tous l’idée que nos universités épousent le modèle de l’entreprise privée. D’après Michel Seymour, la cause philosophique de cet apparent changement de vocation de nos universités vient du fait qu’elles n’obéissent plus à la justice distributive, plus précisément au principe de la juste égalité des chances, l’un des deux principes fondamentaux qui est au cœur de l’œuvre de John Rawls.

Nous sommes si démocrates dans l’âme que le rejet du principe de l’égalité des chances paraît consternant, voire odieux. Les libéraux de Jean Charest l’admettent. Pourtant, une majorité d’entre nous n’acceptent pas la thèse de Seymour selon laquelle l’admission principe rawlsien de l’égalité des chances exige une éducation universellement accessible, c’est-à-dire, en somme, la gratuité scolaire à tous les niveaux.

Le gouvernement libéral de Jean Charest demande aux étudiants leur «juste part». Si l’on suit Rawls-Seymour, cette politique est injuste. Certains n’ont pas les moyens que d’autres possèdent pour aller à l’université. Dans le vocabulaire de Rawls, c’est là la «loterie naturelle», qui doit être corrigée par les institutions politiques «justes» obéissant, entre autres, au principe de l’égalité des chances.

Plus généralement, antérieurement aux institutions politiques, il n’y aurait, d’après Rawls, rien de bien et de mal, de juste ou d’injuste. Le vol, par exemple, ne serait ni bien ni mal, avant l’introduction du système de la propriété privée. Le bien et le mal, la morale en somme, n’est donc relative qu’à des institutions politiques. Rawls a par ailleurs la prétention de nous révéler ce en quoi consiste la justice dans une véritable démocratie libérale, plus précisément dans une social-démocratie.

La «juste part» demandée aux étudiants se révèle donc être injuste du point de vue de la social-démocratie de Rawls-Seymour. Cela signifie qu’il est parfaitement juste de prendre une part des riches et de la redistribuer aux plus démunis, comme le veut l’autre principe rawlsien, celui de «différence». Au Québec, 45% de la population ne paie pas d’impôts, alors que 4% des 55% qui en paie, paie 41% de la note! C’est ainsi que Rawls-Seymour entend corriger la «loterie naturelle». Sur ce point, le «modèle québécois» sait y faire, on ne le sait que trop! C'est la politique du «pas dans mes poches, mais dans celles des autres.»

Personne ne mérite ses talents, ses dispositions, sa richesse, selon Rawls. Comme le veut la blague des Cyniques, l’État veut le bien commun – et il va l’avoir!

Quant à la question de la vocation de l’université dans la vision sociale-démocrate à la Rawls-Seymour, celle-ci ne vise encore une fois qu’à rétablir les égalités sociales. Est-ce là la seule finalité de l’université? Car il ne s’agit là en effet que d’une finalité politique, externe pour ainsi dire à la vocation propre de l’université. On ne peut en effet sortir de la politique puisque, toujours selon Rawls, les institutions politiques déterminent la vocation de toute chose.

Selon Seymour, la finalité de l’université serait désormais axée sur la prospérité économique. Il est tout de même curieux que, dans ce débat, personne ne soutienne l’idée que ce que doit honorer l’université, c’est l’apprentissage de la connaissance pour elle-même. Dans une société où tout se marchande, le savoir lui-même n’échappe pas à la règle et n’est plus tenu comme une fin en soi. Selon le fameux mot d’Aristote, «Par nature, l’homme désire connaître». Nous, au contraire, désirons connaître en vue d’autre chose que la connaissance elle-même, et l’université qui est le lieu du savoir par excellence, n’est plus une fin en soi mais un moyen en vue d’autre chose : la solidarité sociale, pour les uns, la prospérité économique pour les autres. Ce pourrait-il que la connaissance, tout comme sa sœur, la vérité, n’ait pas de prix?

lundi 21 mai 2012

PLATON ET LA LÉGITIMITÉ DE LA LOI 78

Aristoclès d'Athènes -427 à -344
Au lendemain de l’adoption sous le bâillon de la controversée loi 78, l’unique député de Québec solidaire, Amir Khadir, soutenait qu’il avait l’intention de ne pas obéir à cette loi, c’est-à-dire d’exercer la désobéissance civile. Selon lui, tout comme les étudiants contestataires et leurs partisans, la loi spéciale 78 est profondément inique puisqu’elle brime les libertés fondamentales. Au contraire, pour le porte-parole du gouvernement, le ministre de la Justice Jean-Marc Fournier, la loi 78 est parfaitement juste puisqu’elle assure le droit à l’éducation qui fut bafoué par certains étudiants contestataires lesquels bloquaient l’accès aux salles de classes aux étudiants munis d’une injonction leur permettant de poursuivre leurs cours. L’avocat et ancien premier ministre du Québec, Pierre Marc Johnson, allait dans le même sens que la position gouvernementale dans un courriel publié dans La Presse (le vendredi, 18 mai). En réponse au Barreau du Québec qui proposait la médiation tout en rejetant l’idée d’une loi spéciale, Pierre Marc Johnson écrit : «: «Le Québec n'est pas la Syrie ou la Lybie et nous n'avons pas besoin de gouvernement de salut national. Nous avons simplement besoin d'un État de droit qui fonctionne et où les détenteurs légitimes du droit d'agir pour la collectivité sachent mettre les points sur les i...». Le même jour, dans Le Devoir, mon collègue de l’Université de Montréal, le philosophe Christian Nadeau, y allait d’un pamphlet en faveur des étudiants contestataires de la loi 78. Pour mon collègue, cette loi spéciale «n’a rien d’une loi, car elle est profondément injuste. Elle est un décret, un geste autoritaire qui trahit l’esprit des lois

On aimerait, évidemment, savoir en quoi consiste précisément «l’esprit des lois». Or, la Charte québécoise des droits et libertés (1975), en particulier à l’article 9.1, nous dit comment traiter l’exercice des droits fondamentaux. «Les libertés et droits fondamentaux s'exercent dans le respect des valeurs démocratiques, de l'ordre public et du bien-être général des citoyens.», lit-on. Rappelons que cet article reprend l’article 29 de La Déclartion universelle des droits de l’homme des Nations Unies (1948). On comprend, dès lors, que la loi 78 découle du principe énoncé par l’article 9.1 de la Charte québécoise. Ceux et celles qui, comme Amir Khadir, les étudiants contestataires voulant défier la loi 78, défient en somme l'article 9.1 de la Charte. Il faut également noter que les droits individuels énoncés dans la Charte, dont celui de la liberté d’expression (de manifestation, donc) ne sont légitimes qu’au regard d'un État de droit, c’est-à-dire d’un ensemble de droits dont l’exercice se trouve limité par l’article 9.1 qui exprime le plus clairement qu’il soit possible, l’État de droit. Rappelons aussi que l’État lui-même est soumis au droit, d’où le concept d’État de droit. S’il y a une «raison d’État», c’est l’article 9.1 qui la constitue. Les droits individuels s’arrêtent là où commence 9.1 définissant en somme l’État de droit.

L’argument voulant que la désobéissance civile porte atteinte à l’État de droit et qu’elle doit être condamnée fut mis en évidence la première fois par Platon dans son fameux dialogue intitulé Criton. Comme chacun sait, Socrate, après un procès retentissant, relaté par Platon dans Apologie de Socrate, fut condamné à boire la cigüe. Nous sommes en l’an 399 avant notre ère. La veille de son exécution, Criton, un vieil ami du condamné, rend visite à Socrate pour lui proposer l’évasion.

L’ami propose donc à Socrate plusieurs raisons qui auraient dû l’inciter à s’enfuir. Certaines de ces raisons invoquées par Criton sont carrément mauvaises, d’autres tout à fait judicieuses et valables, dont celle voulant que Socrate fût jugé injustement par un jury qui avait décidé de l’affaire bien avant de l’avoir entendu et qui, tout compte fait, n’exprimait que leur dépit devant l’affront du vieux sophiste. En somme, la condamnation de Socrate résultait de la décision d’un tribunal populaire suscitée en particulier par le ras le bol de citoyens athéniens dont plusieurs furent blessés dans leur amour-propre quand Socrate démasquait publiquement leur ignorance. En conséquence, Socrate avait toutes les raisons du monde d’accepter la proposition d’évasion de Criton.

Mais c’est là que Platon surprend son lecteur en défendant, au contraire, que Socrate avait toutes les raisons de résister aux plaidoyers de Criton! À l’objection de Criton voulant que c’est à l’opinion des gens qu’il doit être condamné injustement à mort, Socrate réplique : «C’est vrai, mais je persiste à ne pas me soucier de l’opinion de gens ignorants.» On imagine un Criton médusé devant cette réponse tout autant inattendue que désarmante. Socrate refuse de prendre sa décision sur la base du «qu’en dira-t-on» ou de l’opinion résultant de la simple émotion du moment. Afin de combattre le règne de la doxa - de l’opinion - il convainc son ami qu’il faut au contraire procéder à un examen critique de toute l’affaire afin de prendre une décision éclairée.

Amir Khadir, ne propose pas comme telle, la désobéissance civile; il demande lui aussi de réfléchir à la possibilité de la désobéissance civile. Suivons donc Platon qui, par son porte-parole Socrate, condamne la désobéissance civile. Pourquoi donc Socrate refuse-t-il de s’enfuir alors qu’il a, comme nous l’avons vu, toutes les raisons de s’évader puisqu’il fut victime d’un jugement inique.

Au fond, tout l’argumentaire de Platon repose sur le tort sérieux et grave qu’engendre la désobéissance civile pour la cité-État. Il va de soi que les cités-États démocratiques grecques de l’Antiquité ne reconnaissaient pas de droits de l’homme, comme le feront le nations européennes à partir du 17e et du 18e siècles. Par conséquent, la cité-État grecque possède un droit supérieur pour ainsi dire aux simples citoyens, comme si le droit collectif de l’État l’emportait sur celui des citoyens. C’est la base de l’argumentaire platonicien dans Criton.

Avec l’avènement de la modernité, la priorité changera. Des droits «naturels» seront reconnus à tous les citoyens d’une démocratie libérale. C’est pourquoi les droits individuels de l’homme auront désormais préséance sur les droits collectifs de l’État. Le point d’aboutissement ultime de la conception individualiste ou «libérale» des droits de l’homme - au sens large, philosophique, du terme - sera la fameuse notion de «désobéissance civile» que développera beaucoup plus tard le philosophe américain Henry David Thoreau (1817-1862).

Pour nous modernes, c’est-à-dire pour ceux et celles qui croient en l’existence de droits individuels innés, inaliénables et imprescriptibles, toute interférence de la part de l’autorité, que ce soit l’État ou le peuple dans son ensemble, paraît inadmissible et intolérable. Nous lisons Platon et nous nous objectons à la thèse saugrenue de Platon suivant laquelle que Socrate devait subir la peine capitale, surtout lorsqu’on invoque le fait que l’État athénien ne reconnaissait pas le droit à la liberté de conscience et de croyance. Cela dépasse l’entendement, disons-nous. Un jeune étudiant en philosophie, élevé dans la culture libérale individualiste, ne comprend tout simplement pourquoi Socrate, qui passe pourtant pour le plus sage de l’Antiquité, n’ait pas saisi l’occasion de s’enfuir, son droit inaliénable à la liberté de conscience et de croyance étant carrément bafoué. L’idée d’un État paternaliste qui veille au bien de l’enfant par son éducation, entre autres, paraît pour nous modernes odieux et indigne d’un État légitime. Contrairement à ce qu’affirme Platon dans Criton, nous ne devons rien aux lois; elles ne sont l’expression que de conventions agréées dans le fameux contrat social. Platon errait en pensant que les lois sont justes en elles-mêmes, car elles ne sont que des conventions humaines plus ou moins arbitraires, plus ou moins justes.

Toutefois, si l’on regarde le conflit étudiant actuel du point de vue de la lorgnette de Platon, l’évaluation de la désobéissance civile change radicalement. Le droit collectif de l’État, veillant au bien public, prime sur les droits individuels des citoyens. L’État est là pour assurer le bien commun, l’ordre et le bonheur des citoyens. Aller à l’encontre de ses décisions est périlleux et dangereux pour le bien commun. Lorsque l’intérêt de chacun prime sur celui du bien commun, la tyrannie n’est pas loin. Dans son grand ouvrage de philosophie politique, La République, Platon écrit : «Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes gens méprisent les lois, parce qu'ils ne reconnaissent plus au-dessus d'eux l'autorité de rien ni de personne, alors c'est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie.» (République, VIII, 562b-563e).

Les étudiants contestataires qui bloquaient l’accès des étudiants munis d’une injonction leur autorisant à recevoir leurs cours conspuaient ces étudiants «verts» en les traitant d’individualistes et de nombrilistes. Des professeurs prenaient leur défense en déclarant que le droit à l’éducation est un droit collectif et non individuel. Pourtant, si Platon a raison, le droit à l’éducation est un bel et bien un droit individuel dont l’exercice doit être protégé et assuré par l’État. C’est ce que vient préciser la loi 78. Les étudiants contestataires doivent réaliser que leurs droits individuels, dont celui de manifester, est subordonné, comme tous les autres droits, au droit collectif qu’assure l’État.